L’Ouganda exhorte le gouvernement à revaloriser les pensions des aînés et à réformer la gériatrie

Les parlementaires ougandais ont approuvé à une écrasante majorité une motion visant à réformer en profondeur les soins de santé destinés aux personnes âgées et à renforcer la protection sociale de leurs aînés. Réunis en session le mardi 18 août 2026, les députés ont exigé que l’exécutif tienne ses engagements de longue date en portant l’allocation du programme Senior Citizens Grant for the Elderly (SAGE) de 25 000 à 35 000 shillings ougandais par mois.

Portée par l’honorable Asha Mafabi, députée du district de Sironko, cette motion met en lumière les graves difficultés structurelles auxquelles fait face la population âgée du pays, confrontée à des obstacles majeurs en matière de soins spécialisés, à une pauvreté persistante et à des contraintes logistiques pour percevoir ses revenus de subsistance. Les débats ont révélé un décalage flagrant entre les annonces politiques et la réalité budgétaire : la ministre d’État chargée des Personnes âgées, l’honorable Jacqueline Mbabazi, a reconnu que la revalorisation à 35 000 shillings n’avait pas été inscrite dans le budget national pour l’exercice 2026/2027.

Malgré ce vide budgétaire, Mme Mbabazi a souligné l’impératif absolu de dégager ces fonds, insistant sur le fait que les seniors constituent le pilier économique de millions de personnes à travers le pays. « Les personnes de plus de 60 ans prennent en charge des familles qui représentent une population de 7,2 millions de personnes et elles sont les seules à s’en occuper. Il est donc primordial d’obtenir ces 35 000 shillings », a-t-elle déclaré devant l’assemblée.

Selon les données officielles, l’Ouganda compte plus de 1,4 million de citoyens âgés de 60 ans et plus. Nombre d’entre eux luttent contre des maladies chroniques et liées à l’âge, telles que l’hypertension, le diabète, l’arthrite, le cancer et la démence. Pour répondre à cette urgence sanitaire, Mme Mafabi a plaidé pour la création d’unités gériatriques dédiées, la formation de personnel soignant qualifié, l’aménagement d’infrastructures adaptées et le développement de soins à domicile, en particulier dans les zones rurales et enclavées.

Les parlementaires ont également épinglé les dysfonctionnements du système de versement des allocations SAGE. L’honorable Boniface Okot, député de Kole South, a souligné que les bénéficiaires devaient souvent parcourir de longues distances pour récupérer leur dû, exhortant l’État à explorer des solutions numériques alternatives telles que le mobile money. Il a en outre critiqué le coût de gestion du programme, estimant qu’environ 30 milliards de shillings sur les 120 milliards alloués au SAGE sont engloutis par les frais administratifs.

Cette discussion a mis en relief une pénurie critique de compétences médicales. Mme Mbabazi a révélé que le pays ne comptait que trois infirmières spécialisées en gériatrie et ne disposait d’aucun programme de formation universitaire de premier cycle ou de troisième cycle dans cette discipline. En réponse, la whip en chef du gouvernement, l’honorable Jane Ruth Aceng, a rappelé que la prise en charge gériatrie avait été intégrée au Plan national de développement IV, lequel prévoit la formation de médecins et d’infirmiers. Elle a toutefois mis en garde contre la création d’une assurance maladie réservée aux seuls seniors, plaidant pour un système universel fondé sur la solidarité nationale.

La viabilité financière demeure un défi central pour l’élargissement de ces filets de sécurité. L’honorable Patrick Kiconco, député du comté de Rukiga, a calculé qu’en abaissant l’âge d’admissibilité à 65 ans — un seuil précédemment évoqué par le gouvernement —, le nombre de bénéficiaires atteindrait environ un million de personnes. En tenant compte de la hausse de l’allocation à 35 000 shillings, il a prévenu que l’enveloppe annuelle requise passerait à 373 milliards de shillings, rendant indispensable une mise en œuvre progressive.

Alors que les discussions se poursuivent, des voix comme celle de l’honorable Catherine Mavenjina Akumu, représentante des personnes âgées, réclament l’instauration d’une assurance maladie transitoire en attendant la concrétisation de la promesse du SAGE. Pour l’honorable Fred Baseke, député de Ntenjeru County South, le soutien aux aînés relève d’une obligation républicaine fondamentale. « Investir dans les personnes âgées n’est pas une charge pour le gouvernement. C’est un investissement pour la dignité, le bien-être et la stabilité sociale », a-t-il conclu.