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39e Sommet de l’UA : L’Eau, Enjeu Crucial pour l’Avenir de l’Afrique

Le 39e sommet de l’Union africaine, réuni à Addis-Abeba du 14 au 15 février 2026, intervient à un moment critique pour le continent. Alors que l’Afrique est confrontée au changement climatique, aux crises humanitaires et à la diminution de l’aide internationale, l’accent mis par le sommet sur la sécurité de l’eau et l’assainissement représente bien plus qu’un simple choix thématique. Il signale une reconnaissance continentale que l’accès à l’eau potable est fondamental pour l’ensemble des objectifs que l’UA cherche à atteindre.
L’eau comme défi central : pourquoi maintenant ?
Avec plus de 1,4 milliard de personnes sur un continent de plus en plus vulnérable à la sécheresse, aux inondations et à la pénurie d’eau, l’UA a positionné l’eau comme un élément inséparable de l’Agenda 2063, le Plan de développement transformateur de l’Afrique. Le sommet se concentre sur la sécurité de l’eau, ce qui a des implications sur la compréhension de l’eau, les paradigmes dominants de la gestion des ressources hydriques, le développement des infrastructures hydrauliques et le rôle de l’Afrique dans le discours mondial sur l’eau.
Ce moment n’est pas une coïncidence. Partout en Afrique, la sécheresse a dévasté les communautés pastorales, nécessitant des interventions humanitaires. Parallèlement, l’assainissement inadéquat demeure une crise de santé publique majeure, particulièrement en Afrique subsaharienne, où des millions de personnes n’ont pas accès aux installations de base. La convergence de ces défis fait de l’eau un enjeu déterminant non seulement pour le développement, mais aussi pour la stabilité du continent.
Vision africaine de l’eau : Stratégie et position commune
L’un des principaux résultats attendus du 39e sommet est l’approbation de l’Africa Water Vision 2026 et de sa politique associée. En tant que position commune de l’Afrique, cette vision élèvera les priorités du continent dans le secteur de l’eau au niveau du programme mondial. Cette décision remodèlera la voix de l’Afrique dans les discussions internationales sur l’eau et placera la sécurité de l’eau au centre de la Conférence de l’ONU sur l’eau de l’an 2026.
La vision sur l’eau de l’Afrique représente le passage d’approches nationales fragmentées à une stratégie continentale. En alignant les priorités africaines en matière d’eau, l’UA vise à garantir que les intérêts du continent sont protégés dans les cadres de gouvernance mondiale de l’eau, de plus en plus importants à mesure que les conflits internationaux liés à l’eau s’intensifient et que le changement climatique remodèle les modèles de précipitations.
Financement du développement : le rôle de la Banque africaine de développement
Le Dr Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement, dirige une délégation de haut niveau au sommet, marquant sa première participation depuis son entrée en fonction le 1er septembre 2025. Sa vision stratégique, intitulée « Cardinal Points », est conçue pour combler les lacunes de financement de l’Afrique, sécuriser sa souveraineté financière, exploiter le dividende démographique et construire des infrastructures résilientes.
De manière significative, lors de la 17e réunion de reconstitution, le Fonds africain de développement a mobilisé 11 milliards de dollars de promesses de dons, avec la participation de 24 pays africains, dont 19 ont contribué pour la première fois. Cette réalisation de financement historique démontre que les nations africaines sont de plus en plus désireuses d’investir dans leur propre développement, un changement crucial à mesure que l’aide extérieure devient moins fiable.
Contexte de crise : instabilité et diminution du soutien international
Le sommet se tient dans un contexte d’instabilité régionale croissante et de diminution de l’aide internationale au développement. Du Soudan au Sahel, en passant par l’Est de la République démocratique du Congo, la Somalie et d’autres régions, l’Afrique continue de faire face à des coups d’État militaires, des élections contestées et des protestations inspirées par des difficultés économiques, aggravées par les réductions d’aide étrangère de partenaires internationaux tels que les États-Unis.
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a reconnu ces crises en cascade dans son allocution d’ouverture, soulignant que les infrastructures hydrauliques, la paix et le développement sont inséparables. Sans stabilité, les nations ne peuvent pas investir dans les systèmes d’eau. Sans la sécurité de l’eau, la stabilité s’effondre.
Le défi de l’engagement des jeunes
Le 39e sommet se déroule dans un contexte de mécontentement persistant au sein d’une vaste population de jeunes en Afrique. Le continent possède la population la plus jeune du monde, avec plus de 400 millions de personnes âgées de 15 à 35 ans, mais fait face à une crise de légitimité alors que l’UA peine à répondre aux attentes de cette jeunesse.
Les jeunes Africains s’interrogent sur la capacité de l’UA à représenter véritablement leurs intérêts, notamment en matière d’action climatique et d’accès aux ressources. Un sommet véritablement centré sur la sécurité de l’eau pourrait répondre directement à leurs préoccupations : les jeunes héritent d’un continent où la pénurie d’eau menace leur avenir économique et leur habitabilité. La question de savoir si l’UA peut traduire les engagements sur l’eau en améliorations tangibles dans la vie des jeunes reste le test central.
Au-delà de février : mise en œuvre et alignement mondial
L’Assemblée devrait proclamer le thème de l’année 2026 afin de marquer et de commémorer cet engagement continental en faveur de la sécurité de l’eau, signalant qu’il ne s’agit pas d’un objectif unique, mais d’une initiative soutenue. En complément du Sommet, la troisième conférence africaine de mise en œuvre et de partenariat sur l’eau (Panafcon) sera organisée du 27 au 29 mai 2025, à Lusaka, en Zambie.
Ces forums continus suggèrent que l’UA souhaite sérieusement intégrer la question de l’eau dans la politique continentale. Le défi réside désormais dans l’exécution, en garantissant que les déclarations ambitieuses se traduisent par des systèmes d’eau fonctionnels qui desservent les populations africaines les plus pauvres et les plus vulnérables.
Conclusion : transformer l’ambition en infrastructure
Le 39e sommet de l’Union africaine intervient à un moment où l’eau transcende la politique sectorielle pour devenir une question civilisationnelle. Pour un continent où les changements climatiques menacent d’intensifier les sécheresses, où les déficits d’infrastructures demeurent énormes et où le soutien international se fragmente, la sécurité de l’eau n’est pas une préoccupation périphérique.
Si le Sommet atteint ses objectifs, en appuyant la Vision africaine sur l’eau comme position continentale commune et en alignant le financement d’institutions telles que la Banque africaine de développement, cela pourrait marquer un tournant décisif. L’Afrique signalera ainsi qu’elle reconnaît l’ampleur du défi et mobilise les ressources en conséquence.
Mais la rhétorique et les résolutions ne peuvent à elles seules remplir les tuyaux ou purifier les puits. L’impact de ce sommet se mesurera dans les mois et les années à venir, alors que les pays africains s’efforceront, avec des ressources limitées, de construire l’infrastructure hydraulique dont leurs habitants ont désespérément besoin. Le rôle de l’UA est d’aligner cette concurrence sur des objectifs continentaux partagés et de s’assurer qu’aucun pays africain n’est laissé de côté pour accéder à ces ressources les plus fondamentales.
Au final, l’eau ne se négocie pas. Elle circule là où l’infrastructure existe et où la gouvernance est compétente. La tâche du 39e Sommet est d’inspirer et d’activer ces deux éléments.



