Éthiopie : L’Impression de Sa Propre Monnaie, Un Pas Décisif Vers la Souveraineté Économique

À la mi-janvier 2025, l’Éthiopie a annoncé un changement de politique majeur : le pays a révélé son intention de commencer à imprimer sa propre monnaie sur son territoire national. Cette initiative marque une étape décisive vers l’indépendance économique et l’autosuffisance. Le Premier ministre Abiy Ahmed a présenté ce projet lors de la conférence Finance Forward Ethiopia 2026, soulignant ainsi la volonté de la nation de réduire sa dépendance vis-à-vis des producteurs de billets étrangers et de renforcer son contrôle sur les opérations monétaires.

Briser des décennies de dépendance

Pendant des décennies, l’Éthiopie a confié la production de sa monnaie, le Birr, à des sociétés d’imprimerie étrangères. Selon les rapports de l’industrie, le pays s’est principalement appuyé sur la société britannique De La Rue, ainsi que sur d’autres sous-traitants européens et nord-américains, pour l’impression de ses billets de banque. Cette pratique, bien que courante en Afrique, expose les pays à divers risques, tels que des retards logistiques, des enjeux de sécurité et des coûts à long terme potentiellement plus élevés.

Cette nouvelle initiative sera pilotée par Ethiopian Investment Holdings (EIH), le gestionnaire d’actifs public du gouvernement, qui supervise actuellement plus de 40 entreprises dans des secteurs clés. Le Premier ministre Abiy a souligné que l’impression de la monnaie nationale ne constitue qu’une des nombreuses capacités stratégiques que le gouvernement souhaite développer sous la propriété publique.

Partie d’une stratégie économique plus large

L’initiative d’impression de devises ne reste pas isolée. Elle s’inscrit dans un plan de transformation économique ambitieux, comprenant plusieurs projets complémentaires. L’EIH est également en train de construire la première raffinerie d’or à grande échelle de l’Éthiopie, dont l’achèvement est prévu dans les mois à venir, selon le Premier ministre. Cette installation permettra à l’Éthiopie de transformer et d’ajouter de la valeur à ses exportations d’or, au lieu de vendre des matières premières, une pratique qui a longtemps privé le pays de revenus potentiels et de gains économiques.

De plus, l’EIH a noué des partenariats avec des sociétés minières de cryptomonnaie, positionnant ainsi l’Éthiopie pour participer à l’économie numérique tout en tirant parti de ses ressources. Le Premier ministre anticipe que la contribution de l’EIH au produit intérieur brut de l’Éthiopie atteindra 20 % d’ici 2030, faisant de la société holding une pierre angulaire de l’économie du pays.

Pourquoi cela compte

La décision d’imprimer la monnaie localement offre plusieurs avantages stratégiques. Premièrement, elle renforce la sécurité et la souveraineté de l’État sur l’une de ses fonctions les plus critiques. Le contrôle de la production monétaire permettra à l’Éthiopie de mieux lutter contre la contrefaçon et de maintenir une surveillance plus rigoureuse de la masse monétaire.

Deuxièmement, bien que l’investissement initial dans les infrastructures d’impression puisse être substantiel, la production nationale promet une réduction des coûts à long terme par rapport aux services permanents des entreprises étrangères. Elle élimine également les dépendances vis-à-vis des chaînes logistiques internationales et réduit les vulnérabilités aux perturbations externes.

Troisièmement, cette démarche s’inscrit dans les efforts plus larges de l’Éthiopie en faveur de l’autodétermination économique. Le pays a été confronté à des défis économiques importants ces dernières années, notamment des taux d’inflation élevés et des pénuries de devises étrangères. Le renforcement des capacités nationales représente une approche proactive pour gérer ces défis et réduire les dépendances externes.

Rejoindre un club exclusif

Si elle est mise en œuvre avec succès, l’Éthiopie rejoindra un groupe restreint mais croissant de pays africains dotés de capacités d’impression de devises nationales. Actuellement, seuls neuf à douze pays africains impriment leur propre monnaie, parmi lesquels le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc, l’Algérie, le Kenya, le Soudan, le Zimbabwe et la République démocratique du Congo. Pour un continent de 54 pays, cela représente un écart significatif en matière d’infrastructures économiques.

La démarche de l’Éthiopie pourrait encourager d’autres pays à suivre des initiatives similaires, catalysant potentiellement un mouvement plus large vers la souveraineté monétaire à travers l’Afrique.

Contexte historique

La relation de l’Éthiopie avec la monnaie est ancrée dans une histoire profonde. Le pays a utilisé diverses formes d’argent tout au long de son histoire, du Thaler de Marie-Thérèse aux XVIIIe et XIXe siècles, jusqu’à l’introduction de sa propre monnaie sous l’empereur Menelik II dans les années 1890. Le Birr éthiopien moderne a émergé au début du XXe siècle, et le pays a régulièrement mis à jour ses billets de banque pour lutter contre la contrefaçon et les activités illégales.

Plus récemment, en 2020, l’Éthiopie a démonétisé certaines dénominations et introduit de nouveaux billets afin de lutter contre la thésaurisation et les flux financiers illicites. Cette initiative, dont la mise en œuvre a coûté environ 3,7 milliards de Birr via des contrats d’impression à l’étranger, a mis en lumière à la fois les dépenses et l’importance d’une gestion efficace des devises.

Défis à venir

Malgré les aspects prometteurs de cette initiative, l’Éthiopie devra relever des défis significatifs lors de sa mise en œuvre. La création d’une usine d’impression de devises exige des investissements en capital considérables, une technologie spécialisée, un personnel hautement qualifié et une infrastructure de sécurité robuste. Le pays devra développer une expertise dans l’impression de sécurité, un domaine très spécialisé soumis à des normes rigoureuses.

De plus, le succès de cette entreprise dépendra d’une planification et d’une exécution minutieuses. Toute erreur dans la production de devises pourrait compromettre la confiance du public dans le Birr et engendrer une instabilité économique.

Un symbole de souveraineté

Au-delà des considérations économiques pratiques, la décision de l’Éthiopie d’imprimer sa propre monnaie revêt un poids symbolique considérable. Pour une nation fière de son histoire d’indépendance, ayant été le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé (à l’exception d’une brève occupation italienne), le contrôle de la production monétaire constitue une affirmation supplémentaire de souveraineté dans une économie mondiale de plus en plus interconnectée mais souvent inégale.

Comme l’a souligné le Premier ministre Abiy, Ethiopian Investment Holdings développera de nombreuses capacités stratégiques, les décrivant comme des atouts nationaux essentiels. L’impression de devises s’inscrit ainsi aux côtés du raffinage de l’or et d’autres fonctions vitales comme piliers de l’autosuffisance économique.

Perspectives d’avenir

Le calendrier précis pour l’établissement de la capacité d’impression de devises nationales reste à détailler, mais l’annonce signale une intention et un engagement clairs. Tandis que l’Éthiopie s’efforce d’atteindre cet objectif, la communauté internationale suivra de près son évolution. Le succès de cette initiative pourrait servir de modèle à d’autres pays en développement désireux d’obtenir un meilleur contrôle sur leurs infrastructures économiques.

Pour l’Éthiopie, un pays de plus de 120 millions d’habitants et la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique, la capacité d’imprimer sa propre monnaie représente bien plus qu’une simple prouesse technique. Elle symbolise la détermination à tracer sa propre voie économique, à bâtir des institutions nationales résilientes et à assurer une plus grande indépendance dans la gestion de son avenir monétaire.

À mesure que cette initiative se déploiera, aux côtés du projet de raffinerie d’or et d’autres réformes économiques, l’Éthiopie se positionnera non seulement pour participer à l’économie mondiale, mais aussi pour le faire selon des conditions qui privilégient les intérêts nationaux et la durabilité à long terme. La réussite de ce pari audacieux dépendra de l’exécution, mais la vision est incontestablement claire : une Éthiopie qui contrôle son propre destin économique.

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