Burkina Faso : Les VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie), un Pilier Controverse de la Lutte Anti-Djihadiste

Dans les villages et villes poussiéreuses du Burkina Faso, des dizaines de milliers de citoyens ordinaires ont pris les armes aux côtés de l’armée nationale. Il s’agit des Volontaires pour la Défense de la Patrie, plus simplement connus sous l’acronyme VDP. Née du désespoir face à une insurrection djihadiste dévastatrice, cette force auxiliaire civile est devenue une pierre angulaire de la stratégie de contre-insurrection du Burkina Faso, bien qu’elle demeure profondément controversée.

Origines : de la crise à la création

Les VDP ont émergé en réponse à l’escalade de la violence djihadiste qui sévit au Burkina Faso depuis le milieu des années 2010. Des groupes armés affiliés à l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), et à Ansarul Islam ont mené des attaques de plus en plus meurtrières à travers le pays, en particulier dans les régions du nord et de l’est.

Le déclencheur est survenu le 7 novembre 2019, lorsque des djihadistes ont attaqué un convoi minier, incitant le président Roch Marc Christian Kaboré à appeler à la création d’une force de défense civile. Le 21 janvier 2020, le Parlement du Burkina Faso a adopté à l’unanimité une loi établissant les VDP en tant qu’auxiliaires officiels des forces armées nationales et des forces de sécurité intérieures.

Les VDP se sont appuyés sur les traditions d’autodéfense existantes au Burkina Faso, en particulier les Koglweogo (« gardiens de la brousse » en mooré), des groupes de surveillance communautaire qui avaient émergé en 2013 pour lutter contre le banditisme. La nouvelle loi a formalisé et militarisé ces initiatives civiles, les plaçant sous la surveillance de l’État et le commandement militaire.

Structure et formation

Les VDP fonctionnent comme une force auxiliaire irrégulière, soutenant les Forces armées du Burkina Faso. Après une brève période d’entraînement de deux semaines dans les garnisons militaires régionales ou au centre de formation des brigades nationales de surveillance patriotique à Ouagadougou, les volontaires sont équipés d’armes, d’équipements de communication et de matériel d’observation avant d’être déployés dans leurs communautés.

Les unités VDP sont placées sous le commandement du détachement militaire le plus proche, des unités de police spécialisées, de la brigade de gendarmerie ou du poste de police local. Elles sont organisées en différentes catégories : les VDP nationaux, qui peuvent être déployés à travers le pays pour des opérations offensives, et les VDP communaux, qui se concentrent sur la protection défensive de leurs territoires locaux.

Les volontaires reçoivent une allocation mensuelle, qui s’élève actuellement à 80 000 F CFA (environ 130 USD) depuis 2024, contre 60 000 F CFA auparavant. En plus de leur allocation, les membres des VDP bénéficient de rations alimentaires et de carburant, d’une couverture d’assurance, et leurs familles ont droit à des prestations de décès ainsi qu’à la prise en charge des frais d’inhumation en cas de décès au combat.

Expansion massive sous direction militaire

Le rôle des VDP s’est considérablement élargi après deux coups d’État militaires en 2022. Le Capitaine Ibrahim Traoré, qui a pris le pouvoir en septembre 2022, a fait de la reconquête des territoires contrôlés par les groupes djihadistes sa priorité absolue et a considérablement intensifié le recrutement et le déploiement des VDP.

En octobre 2022, le Burkina Faso a lancé une campagne de recrutement de 50 000 nouveaux membres des VDP. Fin novembre, les autorités ont annoncé avoir recruté 90 000 personnes, bien que toutes n’aient pas finalement intégré la force. Selon les chiffres officiels, les VDP pourraient désormais dépasser en nombre les Forces armées régulières du Burkina Faso, qui totaliseraient environ 14 000 personnes.

Cette vaste campagne de recrutement a été en partie financée par le ‘Fonds de soutien patriotique’, une initiative qui a collecté des milliards de francs CFA auprès d’associations, d’entreprises et d’expatriés burkinabè pour soutenir l’effort de guerre et équiper les VDP.

Contributions essentielles à la défense du Burkina Faso

Les VDP sont devenus indispensables aux efforts de contre-insurrection du Burkina Faso, apportant des capacités et un renforcement des effectifs dont l’armée régulière avait désespérément besoin. Opérant dans certaines des régions les plus dangereuses du pays, les membres des VDP se sont révélés être des partenaires essentiels des forces armées.

Connaissances locales et renseignement : La contribution la plus significative des VDP réside peut-être dans la compréhension intime qu’ont les volontaires de leurs communautés et de leur terrain. Les membres des VDP servent de guides et d’éclaireurs lors des opérations militaires, identifiant les itinéraires sûrs, les sites potentiels d’embuscade et les mouvements suspects que des personnes extérieures ne détecteraient pas. Leur capacité à distinguer les résidents des infiltrés a fourni des renseignements que les forces régulières, souvent peu familières avec les régions éloignées, ne pouvaient obtenir seules.

Renforcement des effectifs et contrôle territorial : Alors que les forces armées régulières ne comptent qu’environ 14 000 personnes, l’expansion des VDP à des dizaines de milliers de volontaires a considérablement accru la capacité du Burkina Faso à maintenir une présence sur son vaste territoire. Les unités VDP occupent des positions défensives, gardent des infrastructures essentielles, protègent les villages et patrouillent des zones où les militaires ne peuvent pas maintenir de bases permanentes. Cela permet aux forces régulières de se concentrer sur les opérations offensives plutôt que de se disperser dans des tâches défensives statiques.

Opérations de combat : Les VDP participent activement à des opérations conjointes avec les forces armées, contribuant aux opérations de ratissage, aux réactions aux embuscades et aux contre-attaques contre les positions djihadistes. Leur volonté de se battre pour leurs propres communautés se traduit souvent par une résistance déterminée face aux attaques des insurgés. Lors d’opérations majeures, comme l’« Opération Green Whirlwind », les unités VDP ont combattu aux côtés des soldats dans certaines des zones de combat les plus intenses.

Réponse rapide et alerte précoce : Intégrés au sein des communautés, les membres des VDP alertent rapidement sur les mouvements djihadistes et peuvent réagir immédiatement aux menaces pendant que les forces régulières se mobilisent. Cette présence locale a perturbé les opérations des insurgés et empêché des attaques qui auraient pu réussir avant l’arrivée de renforts militaires.

Défense communautaire et moral : La présence des VDP a permis aux communautés de rester dans des zones contestées plutôt que d’abandonner leurs maisons au contrôle des insurgés. Cela a empêché l’effondrement total de l’autorité de l’État dans certaines régions et a maintenu le moral des civils en démontrant que les populations peuvent activement se défendre plutôt que de subir passivement la violence.

Défis et enjeux liés à l’expansion

L’expansion rapide des VDP n’a pas été sans complications. La force a été accusée de violations des droits de l’homme, en particulier contre les communautés Peules (Fulbe), qui sont depuis longtemps confrontées à la stigmatisation et aux accusations de collaboration avec les djihadistes.

Human Rights Watch a rapporté en mai 2025 que des membres des VDP et des forces armées avaient commis des atrocités massives contre des civils Peuls lors de l’« Opération Green Whirlwind 2 » autour de Solenzo, dans la province de Banwa, en mars 2025. L’organisation les a qualifiés de « massacres ethniques ». Des informations faisant état de meurtres extrajudiciaires, de pillages et d’attaques contre des populations civiles soupçonnées de collaboration terroriste ont régulièrement fait surface.

La communauté Peule fait face à un dilemme particulièrement cruel : exclue du recrutement au sein des VDP dans de nombreuses régions, elle est ciblée à la fois par des groupes djihadistes qui la punissent pour une collaboration perçue avec les forces de sécurité et par les membres des VDP qui la considèrent avec suspicion.

La présence des VDP dans les communautés a également déclenché des représailles djihadistes contre les civils, créant une spirale de violence. Entre le début de 2020 et l’été 2021, au moins 200 membres des VDP ont été tués lors d’attaques. L’embuscade dévastatrice de septembre 2022 près de Gaskindé, qui a coûté la vie à de nombreux membres des VDP, militaires et civils, a été un catalyseur du coup d’État qui a porté le Capitaine Traoré au pouvoir.

Reconnaissance et défis persistants

En novembre 2025, le Président Traoré a institué une nouvelle ‘Médaille d’honneur pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie’ afin de reconnaître la bravoure et le sacrifice des VDP. Le centre de la médaille représente l’image de Ladji Yoro, décrit comme un ‘volontaire intrépide’ devenu un symbole de courage et de sacrifice suprême dans la lutte contre le terrorisme. Les récipiendaires de la médaille avec l’agrafe « bravoure » reçoivent une augmentation de 10 % de leur allocation opérationnelle.

Malgré cette reconnaissance, les VDP sont confrontés à des défis fondamentaux. Des volontaires mal rémunérés et peu formés sont envoyés au combat contre des combattants djihadistes expérimentés. Des rapports indiquent que des critiques du régime ont été recrutés de force au sein des VDP, soulevant ainsi des inquiétudes quant à la nature volontaire de cette force.

Une voie contestée

Les VDP représentent une réponse pragmatique à la crise sécuritaire du Burkina Faso, s’attaquant aux pénuries critiques de main-d’œuvre et exploitant les connaissances locales ainsi que le sentiment patriotique pour défendre la nation. Les sacrifices et les contributions des volontaires ont été considérables, avec des centaines de morts au combat alors qu’ils défendaient leurs communautés et soutenaient les opérations militaires.

Les organisations internationales, y compris l’International Crisis Group, ont recommandé aux autorités burkinabè de ralentir le recrutement des VDP, d’améliorer la surveillance et la reddition de comptes, et de mieux utiliser les forces armées régulières disponibles. Le défi consiste à équilibrer le besoin de défense territoriale avec l’impératif de protéger les populations civiles et de maintenir la primauté du droit.

Alors que le Burkina Faso poursuit sa lutte contre l’insurrection djihadiste, les VDP demeurent un élément central de la stratégie nationale, une force qui incarne le courage des citoyens ordinaires défendant leur patrie aux côtés des forces militaires professionnelles. Leurs connaissances locales, leur force numérique et leur engagement à protéger leurs communautés en ont fait un pilier essentiel de l’architecture de défense du Burkina Faso, même si les questions concernant la formation, la surveillance et la conduite opérationnelle continuent de nécessiter une attention particulière.

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