Sénégal et Nigéria : L’Alliance Stratégique pour une Croissance Pétrolière et Gazière Africaine

La visite de haut niveau à Abuja marque une transition de la concurrence vers une collaboration renforcée, alors que les deux nations déploient des stratégies ambitieuses d’expansion en amont et en aval.

Le Sénégal et le Nigéria consolident leurs liens énergétiques bilatéraux à la suite d’une visite de haut niveau à Abuja. Le ministre sénégalais de l’Énergie, Birame Soulèye Diop, et des représentants de la compagnie pétrolière nationale Petrosen y ont rencontré le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières, le sénateur Heineken Lokpobiri, ainsi que des dirigeants de la compagnie pétrolière nationale du Nigéria.

Cette visite, saluée par la Chambre africaine de l’énergie comme un exemple du type de collaboration intra-africaine essentiel pour le continent, a abordé plusieurs axes de coopération : le raffinage, l’élaboration de politiques énergétiques, la monétisation du gaz, et les partenariats entre compagnies pétrolières nationales. Une convergence plus étroite entre les deux plus importants producteurs d’énergie d’Afrique de l’Ouest dans ces domaines pourrait significativement accélérer le développement des investissements et des infrastructures régionales.

Le Sénégal : Une Ascension Rapide en tant que Pays Producteur

Pour le Sénégal, cette opportunité de collaboration s’inscrit dans sa récente transformation, passant d’un marché en phase d’exploration à un pays producteur actif. Le champ pétrolifère de Sangomar, opérationnel depuis 2024, a stabilisé la production à environ 100 000 barils par jour, avec 36,1 millions de barils produits rien qu’en 2025. Parallèlement, le développement du projet Grande Tortue Ahmeyim (GTA) de GNL, dont les opérations ont débuté en 2025, a déjà permis d’exporter 24 cargaisons de GNL et 1,6 million de barils de condensats à l’échelle internationale entre février 2025 et février 2026.

Pour l’avenir, le Sénégal fait progresser le développement du projet offshore de Yakaar-Teranga et explore activement la monétisation de ses ressources terrestres. Petrosen a d’ailleurs lancé une campagne d’exploration de 100 millions de dollars ciblant les bassins onshore sous-explorés, avec pour objectif d’identifier de nouvelles découvertes de pétrole brut d’ici la fin de 2026, grâce à l’acquisition sismique, à la modélisation des bassins et au forage exploratoire.

La collaboration avec le Nigéria pourrait significativement accélérer le développement institutionnel du Sénégal — notamment en renforçant les structures de gouvernance et en rationalisant les procédures de licence afin d’attirer davantage les capitaux étrangers nécessaires à l’expansion de sa production.

Les Ambitions du Nigéria le Long de la Chaîne de Valeur Énergétique

Le Nigéria, plus grand producteur de pétrole d’Afrique, apporte une envergure et une ambition considérables à ce partenariat. Le pays vise une production d’environ 2 millions de barils par jour, tout en développant simultanément ses secteurs du gaz et du raffinage. Un cycle de licences en 2025, comprenant 50 zones frontalières et un bloc en eaux profondes, cible 10 milliards de dollars d’investissements sur la prochaine décennie. La NNPC (Nigerian National Petroleum Company) a fixé un objectif de 30 milliards de dollars d’investissements en amont d’ici 2030, avec Chevron, ExxonMobil et Shell qui progressent tous sur des projets offshore.

En aval, le Nigéria étudie l’extension de la raffinerie de Dangote de 650 000 barils par jour à 1,4 million de barils par jour. Par ailleurs, la délivrance de permis d’accès au Flare Gas à 28 lauréats en décembre 2025 devrait débloquer 2 milliards de dollars d’investissements dans le secteur gazier. Cette coopération avec le Sénégal s’intègre parfaitement dans la stratégie plus large du Nigéria visant à élargir le commerce régional des produits bruts et raffinés.

Un Précédent pour l’Intégration Énergétique en Afrique

NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, a présenté ce partenariat comme le type de collaboration dont l’Afrique a précisément besoin à ce stade. « Lorsque des pays comme le Sénégal et le Nigéria travaillent ensemble – en partageant les connaissances, en construisant des infrastructures, en renforçant les Compagnies Nationales de Pétrole (CNP) et en améliorant les politiques – nous créons un environnement où l’investissement peut prospérer et où l’Afrique peut prendre le contrôle de son avenir énergétique », a-t-il déclaré.

Cette visite intervient également alors que les deux pays s’emploient à rendre opérationnelle la Banque africaine de l’énergie. Le Sénégal a d’ailleurs déjà versé sa contribution en capital et se positionne comme un participant actif au financement de projets énergétiques continentaux. Ensemble, ces deux nations contribuent à établir un précédent, démontrant comment les marchés énergétiques africains peuvent se renforcer par le partenariat, l’intégration et des objectifs stratégiques partagés, plutôt qu’en rivalisant pour le même bassin de capitaux internationaux.

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