Contribuer au contenu ou vous faire connaître à l’Afrique et sa diaspora ? Contactez-nous ! Want to contribute content or promote yourself to Africa and its diaspora? Contact us!
Larbi Ben M’Hidi : Le Stratège Inoubliable et Héros de la Révolution Algérienne

Mohamed Larbi Ben M’Hidi est né en 1923 dans le village d’El Kouahi, près d’Aïn M’lila, dans l’est de l’Algérie, au sein d’une famille ancrée dans l’érudition religieuse locale (tradition maraboutique). Dès l’âge de quatre ans, il étudia le Coran à l’école de son grand-père, devenant finalement un ḥāfiẓ (celui qui a mémorisé le Coran). Parallèlement à cette éducation religieuse, il fréquenta l’école primaire française de Batna, où il obtint son Certificat d’études primaires, avant que sa famille ne déménage à Biskra, où il poursuivit ses études secondaires.
Réveil politique précoce
Le parcours de Ben M’Hidi vers l’activisme révolutionnaire débuta en 1939 lorsqu’il rejoignit les Scouts Musulmans Algériens, où il devint rapidement un chef de troupe local. Sa conscience politique s’aiguisa grâce à son exposition aux idées nationalistes durant la Seconde Guerre mondiale et à son implication au sein du Parti du Peuple Algérien (PPA), un parti nationaliste dirigé par Messali Hadj, œuvrant pour les droits des autochtones sous la domination française.
Un moment charnière survint le 8 mai 1945 – le Jour de la Victoire en Europe – lorsque Ben M’Hidi fut témoin et participa à des manifestations d’Algériens réclamant l’égalité et l’indépendance. Ces manifestations furent suivies d’une répression brutale à Sétif, Guelma et Kherrata, où les forces françaises massacrèrent des milliers d’Algériens. Ben M’Hidi fut lui-même arrêté à Biskra le lendemain du soulèvement de Sétif et passa environ quatre mois en prison. Le massacre de Sétif s’avéra un événement formateur, renforçant sa conviction que seule une lutte déterminée pourrait mettre fin à la domination coloniale.
Après sa libération en 1946, bénéficiant d’une amnistie générale, Ben M’Hidi poursuivit son activisme nationaliste. Il rejoignit l’Organisation Spéciale (OS), une aile paramilitaire formée en 1947 en vue de préparer la révolte armée. Lorsque les autorités françaises démantelèrent l’OS en 1950-1951, Ben M’Hidi fut reconnu coupable par contumace et condamné à dix ans de prison. Au début de la trentaine, il avait déjà entièrement consacré sa vie à la cause de la libération.
Fondation du FLN
Frustré par la stagnation des mouvements nationalistes existants, Ben M’Hidi joua un rôle déterminant dans la planification de la lutte armée pour l’indépendance de l’Algérie. En mars 1954, à Alger, Ben M’Hidi faisait partie d’un cercle restreint de militants qui contribuèrent à former le Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA), une étape clé qui ouvrit la voie à la création du FLN. Plus tard en 1954, il fut également membre du “groupe des 22”, qui se réunit clandestinement pour approuver le lancement d’une insurrection armée.
En octobre 1954, Ben M’Hidi et cinq autres dirigeants du CRUA fondèrent officiellement le Front de Libération Nationale (FLN) et son aile armée, l’Armée de Libération Nationale (ALN). Le FLN lança des attaques coordonnées à travers l’Algérie le 1er novembre 1954, événement connu sous le nom de Toussaint Rouge, marquant ainsi le début de la guerre contre la domination coloniale française. Ben M’Hidi fut l’un des “Six Chefs Historiques” du FLN, célébré comme l’un des “hommes de novembre” dans l’histoire algérienne.
Leadership Stratégique
Au sein de la structure de direction initiale du FLN, Ben M’Hidi fut nommé commandant de la Wilaya V, la cinquième région militaire couvrant Oran, dans l’ouest de l’Algérie. Malgré de graves contraintes et des pénuries d’armes, il contribua à bâtir le réseau du FLN dans la région d’Oran. À la fin de 1955, Ben M’Hidi opérait dans et autour d’Alger et collabora étroitement avec des personnalités telles que Yacef Saâdi, tandis que le réseau urbain du FLN s’étendait dans la capitale.
Ben M’Hidi est souvent décrit par les historiens comme un stratège clé au sein de la direction interne du FLN. Il participa au Congrès de la Soummam (20 août 1956), une réunion clandestine qui établit une plateforme politique et créa une structure organisationnelle plus claire pour la révolution. À Soummam, Ben M’Hidi était présent en tant que seul délégué de la Wilaya V (Oran) et présida la session d’ouverture, aux côtés d’Abane Ramdane en tant que secrétaire. Le Congrès est largement associé à des principes qui placèrent la direction politique au-dessus de l’action purement militaire et affirmèrent la primauté du leadership intérieur de l’Algérie sur les structures externes basées sur les exilés.
Son approche pragmatique lui valut le surnom de “El Hakim” (“le sage”) parmi ses camarades. À Soummam, certains récits le décrivent comme ayant averti que la violence aveugle nuirait à la cause au niveau international. On lui attribue également la célèbre formule : “Jetez la révolution dans la rue, et le peuple l’embrassera”, qui illustre sa foi inébranlable dans la mobilisation populaire.
La Bataille d’Alger
Ben M’Hidi est surtout réputé pour avoir joué un rôle stratégique de premier plan lors de la Bataille d’Alger (1956-1957), cette campagne de guérilla urbaine qui porta la guerre au cœur de la capitale algérienne. Après s’être installé à Alger en 1956, il bâtit un réseau d’insurgés efficace dans la Casbah et les quartiers européens. Sous sa direction, le FLN lança en septembre 1956 des actions de bombardement et de sabotage ciblant les postes de police coloniaux, les bars et les cafés fréquentés par les Européens.
Ben M’Hidi est souvent cité pour avoir argumenté qu’il était hypocrite de qualifier les tactiques du FLN de lâches, alors que les forces françaises utilisaient des avions et du napalm contre des villages sans défense – ajoutant que si le FLN disposait de bombardiers, ses combattants ne seraient pas réduits à des moyens improvisés tels que le transport d’explosifs dans des paniers.
En janvier 1957, Ben M’Hidi contribua à coordonner une grève générale à Alger, qui perturba considérablement la ville et attira l’attention internationale sur la cause algérienne. Les autorités françaises réagirent en déployant des unités de parachutistes d’élite sous le commandement du Général Jacques Massu. Malgré une pression constante – avec 2 000 parachutistes français menant des raids et pratiquant la torture systématique pour localiser les cellules du FLN – Ben M’Hidi maintint un leadership calme et déterminé, changeant constamment de cachettes tout en encourageant ses combattants et la population à tenir bon.
Capture et exécution
La chance de Ben M’Hidi prit fin le 23 février 1957, lorsque les forces françaises, sous la direction du lieutenant-colonel Marcel Bigeard, le localisèrent dans une cachette au centre d’Alger. Des photographies publiées par la suite montrèrent le chef de 33 ans, menotté mais souriant calmement, une image qui devint emblématique du défi intrépide dans la mémoire algérienne.
Malgré un interrogatoire intense s’étendant sur deux semaines, Ben M’Hidi ne divulga rien d’utile aux Français. Le colonel Bigeard, impressionné par son sang-froid, aurait fait remarquer : “Si j’avais dix hommes comme lui [Ben M’Hidi] parmi mes troupes, je pourrais conquérir le monde.”
Craignant qu’un procès public ne suscite l’indignation internationale ou n’offre à Ben M’Hidi une plateforme pour rallier des soutiens, les commandants français décidèrent de l’éliminer discrètement. Dans la nuit du 3 mars 1957, le major Paul Aussaresses retira Ben M’Hidi de sa cellule et le transporta vers une ferme à l’extérieur d’Alger. Là, le 4 mars, il fut torturé et pendu, sa mort étant mise en scène comme un suicide.
Les autorités françaises annoncèrent que “Ben M’Hidi s’était suicidé en se pendant avec des bandes de sa chemise” en détention. Peu crurent cette version des faits. Les récits algériens affirmèrent plus tard que, lors de la réinhumation de sa dépouille après l’indépendance, des signes compatibles avec des blessures par balle furent observés, contredisant ainsi le récit officiel du suicide. Le Général Aussaresses admit finalement en 2001 que Ben M’Hidi avait été tué en détention sur ordre de ses supérieurs. En novembre 2024, le Président Emmanuel Macron a publiquement reconnu que des soldats français avaient assassiné Larbi Ben M’Hidi en 1957.
Héritage durable
En Algérie, Ben M’Hidi est vénéré comme l’un des plus grands héros de la lutte pour l’indépendance. Après l’indépendance en 1962, son corps fut réinhumé au cimetière d’El Alia à Alger, où reposent de nombreuses personnalités nationales. Son nom est largement commémoré à travers toute l’Algérie, figurant sur des rues, des écoles et des institutions publiques, y compris l’Université d’Oum el Bouaghi dans sa région d’origine.
Son héritage dépasse la simple commémoration officielle pour s’inscrire profondément dans la culture populaire et la mémoire collective. Les enfants découvrent Si Larbi (son nom de guerre affectueux) dans les manuels scolaires comme l’incarnation de la résistance et de l’intégrité. Le nom et l’esprit de Ben M’Hidi furent également invoqués lors du mouvement de protestation du Hirak en Algérie en 2019.
Ben M’Hidi fut immortalisé dans le film classique de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger (1966), qui recréa son dialogue avec des journalistes et sa contenance digne en captivité. En mars 2024, le biopic de Bachir Derrais, Larbi Ben M’Hidi, a été projeté en Algérie, avec des projections prévues autour du 4 mars 2024, date anniversaire de sa mort.
L’historien Alistair Horne suggère que la mort de Ben M’Hidi contribua à le transformer en une figure martyre déterminante, alimentant la légende du FLN et l’élan politique plus large de la guerre. Alors que les forces françaises avaient tactiquement “gagné” la Bataille d’Alger, l’impact moral du martyre de Ben M’Hidi contribua à susciter la sympathie internationale pour la cause algérienne et renforça la détermination de ses compatriotes.
Dans les annales de la lutte de l’Algérie pour la liberté, Larbi Ben M’Hidi est célébré comme un père fondateur de la nation – un penseur stratégique clé dont les tactiques politiques et militaires ont façonné la révolution. Sa montre-bracelet, conservée au Musée National du Moudjahid à Alger, demeure un rappel poignant de l’homme qui, sereinement, fit face à la victoire ou à la mort au service de l’indépendance de son pays.
Source : Algérie Connect



