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L’Afrique, prochaine puissance économique mondiale : Museveni défend l’intégration continentale et les partenariats UK-Inde-Ouganda

Dans un plaidoyer audacieux destiné aux investisseurs internationaux, le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, a placé l’Afrique au premier plan de l’avenir économique mondial, affirmant que l’intégration continentale n’est pas seulement une ambition régionale, mais un moteur essentiel de la prospérité mondiale partagée.
Le lundi 23 février 2026, le président Museveni a accueilli à State House, Entebbe, une délégation commerciale multisectorielle de haut niveau, représentant le Royaume-Uni, l’Inde et l’Ouganda. Cette délégation comprenait des membres de la Westminster Africa Business Association (WABA), sous la direction de son PDG Laurence Robertson, ainsi que de la Chambre de commerce et d’industrie en Asie du Sud (SACCI), présidée par Mahendrasinh Jadeja. S.E. Lisa Chesney, Haut-Commissaire britannique en Ouganda, a également participé à cette rencontre.
Ce rassemblement dépassait le simple appel de courtoisie diplomatique. Les discussions se sont concentrées sur le renforcement des partenariats commerciaux, d’investissement et de fabrication entre le Royaume-Uni, l’Inde et l’Ouganda. Au cœur de cette démarche, se trouvait une vision de l’Afrique non pas comme une bénéficiaire de l’aide, mais comme un véritable moteur de la croissance économique mondiale.
Relier les producteurs aux consommateurs
Le message central du président Museveni reposait sur une idée d’une simplicité trompeuse, mais d’une grande puissance. « La prospérité durable consiste à relier les producteurs aux consommateurs », a affirmé Museveni, précisant que les infrastructures, la paix, le développement des compétences et un financement abordable constituent les piliers essentiels à la viabilité de ces liens.
Cette perspective reflète une philosophie plus large : la vaste richesse naturelle de l’Afrique reste sous-utilisée non pas par manque de ressources, mais en raison de lacunes structurelles – notamment dans les transports, l’énergie, le financement et le capital humain – qui maintiennent l’offre déconnectée de la demande.
L’Ouganda, passerelle de l’Afrique
Un thème récurrent de l’intervention de Museveni fut le positionnement stratégique de l’Ouganda sur le continent. Il a souligné le rôle du pays comme passerelle stable vers l’Afrique de l’Est et le marché africain au sens large, dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf). Il a notamment mentionné l’accès à un marché intérieur de près de 50 millions de personnes, à 300 millions de personnes en Afrique de l’Est, à 600 millions de personnes au sein du COMESA, et à un marché continental de plus d’1,5 milliard d’habitants.
Museveni a ancré son argumentaire sur l’intégration économique continentale dans le cadre de la ZLECAf, la décrivant comme un changement structurel qui transforme l’Afrique, passant de marchés nationaux fragmentés à un espace économique unifié. Pour les investisseurs étrangers, ce recadrage est crucial : une implantation en Ouganda ne représente plus seulement l’accès à une nation enclavée, mais l’établissement d’un pied à terre dans l’un des marchés de consommation les plus importants et les plus dynamiques.
Infrastructure, fabrication et valeur ajoutée
Le président a détaillé avec précision les secteurs où l’investissement est le plus nécessaire. Il a plaidé pour un développement accéléré des infrastructures via des partenariats public-privé et a décrit les domaines d’investissement prioritaires, notamment la fabrication, soutenue par une électricité abordable, le financement à faible coût par l’intermédiaire de la Banque de développement ougandaise, et l’amélioration des réseaux de transport tels que les liaisons ferroviaires régionales et les infrastructures d’oléoducs.
Il a souligné que si l’Ouganda et une grande partie de l’Afrique sont riches en matières premières, l’objectif stratégique du continent réside dans la valeur ajoutée par le biais de la fabrication. Il a ainsi appelé à des partenariats apportant capitaux, technologies et savoir-faire pour accélérer l’industrialisation, particulièrement dans l’agro-industrie et les produits pharmaceutiques.
Cette transition de l’exportation de matières premières vers une production à valeur ajoutée est largement perçue comme la clé pour briser le cycle de la dépendance aux produits de base qui a historiquement freiné la croissance économique africaine.
‘Le prochain grand centre d’affaires du monde’
La déclaration la plus frappante de la réunion est peut-être survenue lorsque Museveni a livré une évaluation approfondie de la trajectoire du continent. Décrivant l’Afrique comme le « prochain grand centre d’affaires du monde », le président a souligné que la croissance démographique du continent et l’amélioration des résultats en matière de santé ouvrent des opportunités économiques sans précédent.
C’est une affirmation audacieuse, mais non dénuée de fondement. Avec la population médiane la plus jeune de tous les continents, des économies qui s’urbanisent rapidement et un cadre commercial tel que la ZLECAf encore en phase de mise en œuvre précoce, le potentiel économique de l’Afrique est de plus en plus pris au sérieux par les investisseurs mondiaux.
Un cadre tripartite prend forme
Le sommet a débouché sur des résultats concrets. Les trois parties ont convenu d’élaborer un cadre tripartite formel afin d’accélérer la collaboration commerciale et d’investissement. La délégation de la SACCI s’est déclarée prête à faciliter des coentreprises dans les secteurs de la fabrication, de l’agro-industrie, des produits pharmaceutiques, des énergies renouvelables, des TIC, de la logistique, des infrastructures touristiques et du développement des compétences des jeunes, tout en s’engageant à mobiliser les réseaux de fabrication indiens et à solliciter les marchés financiers britanniques.
Du côté britannique, l’engagement est déjà substantiel. Le Royaume-Uni a investi plus de 1,3 milliard de livres sterling en Ouganda, et 1 milliard de livres supplémentaires sont en cours de préparation. Les nouvelles initiatives incluent le soutien aux exportations agricoles, le développement des infrastructures de transport d’électricité et la mise en place de systèmes d’irrigation solaires à l’échelle nationale. La Chambre de commerce britannique en Ouganda a également été saluée pour son rôle croissant dans la promotion des liens commerciaux et d’investissement, regroupant désormais 59 membres répartis dans 17 secteurs et employant plus de 21 000 Ougandais.
Vision d’ensemble
Le message du président Museveni résonne bien au-delà des frontières de l’Ouganda. Dans une économie mondiale de plus en plus façonnée par la fragmentation géopolitique, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’évolution des alliances commerciales, l’appel de l’Afrique à une coopération économique multilatérale intégrée offre un modèle distinct – un modèle fondé sur l’investissement mutuel, les infrastructures partagées et des partenariats productifs à long terme.
Le sommet d’Entebbe était, à bien des égards, un microcosme de ce à quoi pourrait ressembler cet avenir : un président ougandais, des chefs d’entreprise britanniques et des industriels sud-asiatiques assis à la même table, traçant les cadres qui pourraient relier les continents et alimenter la prochaine phase de croissance mondiale.
La concrétisation de cette vision dépendra du travail acharné de la mise en œuvre. Mais si l’ambition de Museveni est une indication, l’Afrique n’attend plus d’être découverte ; elle se positionne activement comme un continent que le monde ne peut plus se permettre d’ignorer.



