Protéger les mers : la CEDEAO s’attaque à la géopolitique et à l’économie bleue en Afrique de l’Ouest

ABUJA, Nigeria – Le vaste domaine maritime de l’Afrique de l’Ouest, un trésor de ressources et une artère vitale pour le commerce mondial, est de plus en plus au cœur de dynamiques géopolitiques complexes. Reconnaissant l’impératif d’exploiter ce potentiel de manière responsable tout en protégeant les intérêts nationaux, la Commission de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a récemment organisé un séminaire « Brown Bag » essentiel. Tenue à son siège d’Abuja le 31 juillet 2026, cette rencontre a approfondi la relation complexe entre la géopolitique et l’économie bleue émergente de la région.

Le séminaire, une initiative clé visant à renforcer le partage des connaissances institutionnelles au sein de la CEDEAO, avait pour objectif de combler le fossé entre les analyses universitaires et l’élaboration de politiques concrètes. Dr Babatunde Afolabi, Directeur des Affaires Politiques, a souligné son importance, insistant sur la nécessité d’un dialogue éclairé entre le personnel et les parties prenantes sur les questions régionales critiques. Ses remarques introductives ont adopté un ton prudent, reconnaissant la double nature de l’engagement externe croissant dans le secteur maritime de l’Afrique de l’Ouest.

Le Dr Afolabi a mis en évidence la présence croissante d’acteurs internationaux, opérant souvent sous le couvert de partenariats de développement. Bien que ces collaborations puissent indéniablement stimuler la croissance économique, créer des emplois et soutenir des projets d’infrastructure cruciaux, il a émis un avertissement sévère : sans une stratégie régionale claire et coordonnée, les nations d’Afrique de l’Ouest risquent l’exploitation de leurs ressources maritimes souveraines et de leurs intérêts stratégiques. Ce défi souligne l’équilibre délicat entre l’accueil des investissements et l’affirmation du contrôle sur des actifs nationaux vitaux.

Apportant une perspective historique exhaustive, le Dr Seiyefa Ebimboere, Chef par intérim du Département des Relations Internationales et de la Diplomatie à l’Université Baze d’Abuja, a prononcé le discours d’ouverture. Sa présentation a retracé l’évolution de l’économie bleue en Afrique de l’Ouest à travers les époques précoloniale, coloniale et postcoloniale, illustrant comment les dynamiques de puissance maritime, les routes maritimes et les ports ont constamment servi de conduits critiques pour l’influence politique, économique et militaire à travers les âges. Ce contexte historique a éclairé l’importance stratégique durable des espaces océaniques de la région.

Le Dr Ebimboere a également mis en lumière les défis pressants qui sapent actuellement le potentiel de l’économie bleue. Ceux-ci incluent le fléau généralisé de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), souvent perpétrée par des flottes de pêche lointaine qui épuisent les stocks locaux. La pollution marine, exacerbée par l’élimination des déchets toxiques, dégrade davantage les écosystèmes vitaux. De plus, des infrastructures de stockage inadéquates pour l’aquaculture entravent la croissance et la rentabilité du secteur. Malgré ces obstacles, elle a souligné les immenses opportunités inexploitées disponibles, notamment grâce à une coopération régionale renforcée, qui pourrait bénéficier à la fois aux États membres côtiers et enclavés en favorisant une gestion durable des ressources.

Le séminaire interactif a réuni un groupe diversifié de participants, y compris des représentants de diverses directions de la CEDEAO, des partenaires de développement et des organisations de la société civile. Les discussions animées se sont concentrées sur des approches pratiques et collaboratives pour renforcer la sécurité régionale, améliorer les cadres de gouvernance et rationaliser la coordination des politiques. En fin de compte, le consensus a renforcé le besoin urgent pour les nations d’Afrique de l’Ouest de tirer collectivement parti du potentiel stratégique de leur économie bleue, la transformant en une pierre angulaire pour le développement durable et la stabilité à long terme dans la sous-région. Cette prévoyance collective est primordiale alors que l’Afrique de l’Ouest navigue les marées complexes des intérêts maritimes mondiaux.