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Somalie renforce ses liens économiques grâce à la révision de sa stratégie d’intégration régionale

Ce mardi, le vice‑premier ministre Salah Ahmed Jama a inauguré une conférence de haut niveau à Mogadiscio pour réexaminer la Stratégie nationale d’intégration régionale de la Somalie. Réunissant ministres, chefs d’entreprise et représentants des États voisins, il s’agit de la première révision exhaustive d’un plan élaboré en 2020 afin de renforcer la coopération économique, commerciale et infrastructurelle au sein de la Corne de l’Afrique.
Jama a souligné que la stratégie n’est pas seulement un document de politique, mais une feuille de route concrète pour transformer la position géographique du pays – à cheval sur l’océan Indien et bordé du Kenya, de l’Éthiopie, de Djibouti et de la région contestée du Somaliland – en un moteur de croissance. Il a rappelé que les ports somaliens, notamment le Berbera récemment agrandi et le port de Mogadiscio en cours de revitalisation, pourraient devenir des portes d’entrée du commerce régional à condition d’être soutenus par des corridors de transport fiables et des procédures douanières harmonisées.
Pourquoi la révision est cruciale aujourd’hui
L’économie somalienne a montré une certaine résilience ces dernières années, affichant un taux de croissance du PIB d’environ 2,5 % en 2023 malgré les défis sécuritaires persistants. Toutefois, le pays reste fortement dépendant des importations, avec un déficit commercial dépassant les 2 milliards de dollars chaque année. La stratégie d’intégration vise à inverser ce déséquilibre en stimulant le commerce intra‑régional, en attirant les investissements directs étrangers (IDE) dans la logistique et la fabrication, et en créant des emplois pour une population majoritairement jeune.
Les dynamiques régionales renforcent également le timing de cette révision. La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) intensifient leurs efforts pour simplifier les procédures frontalières et développer des projets d’infrastructure transnationaux, comme le corridor Lamu Port‑South Sudan–Ethiopia Transport (LAPSSET). La participation de la Somalie à ces initiatives pourrait ouvrir de nouveaux marchés pour ses produits agricoles et halieutiques, tout en offrant aux investisseurs de la diaspora des voies plus claires pour contribuer au développement national.
Domaines clés à l’étude
L’ordre du jour de la conférence se concentre sur trois secteurs prioritaires :
- Transport et logistique : moderniser les routes reliant la capitale aux villes frontalières, améliorer les installations douanières et explorer des partenariats public‑privé pour des études de faisabilité ferroviaire.
- Alignement des politiques commerciales : harmoniser les barèmes tarifaires avec les pays voisins, réduire les barrières non tarifaires et adopter des plateformes numériques pour simplifier les transactions transfrontalières.
- Énergie et communications : exploiter le potentiel des énergies renouvelables somaliennes pour alimenter les zones industrielles et étendre la connectivité haut débit afin de soutenir le commerce électronique.
Les participants devront également évaluer les progrès réalisés sur les protocoles d’accord (MoU) signés précédemment avec le Kenya et l’Éthiopie, qui prévoyaient des investissements conjoints dans le développement portuaire et la construction routière. Les premiers signaux indiquent que des retards bureaucratiques et des lacunes de financement ont ralenti la mise en œuvre, d’où la demande d’un mécanisme de financement plus coordonné, éventuellement via la Banque africaine de développement ou les programmes régionaux de la Banque mondiale.
Conséquences pour la région
Une mise en œuvre réussie de la stratégie révisée pourrait générer des effets d’entraînement au-delà des frontières somaliennes. Une Corne de l’Afrique davantage intégrée améliorerait la résilience des chaînes d’approvisionnement, réduirait les coûts de transport et offrirait un contre‑poids à l’influence croissante des puissances extérieures qui cherchent à s’implanter dans le corridor maritime reliant la mer Rouge à l’océan Indien.
Par ailleurs, en favorisant l’interdépendance économique, la stratégie pourrait contribuer à la stabilité politique. Les liens commerciaux créent souvent des incitations à la résolution pacifique des différends, un facteur particulièrement pertinent au vu des tensions persistantes concernant les frontières maritimes et le statut du Somaliland.
Perspectives
La conférence se terminera par la remise d’un ensemble de recommandations au ministère de la Planification et de la Coopération internationale d’ici la fin du mois. Jama a promis que le gouvernement donnera la priorité aux mesures les plus opérationnelles et recherchera un soutien immédiat des bailleurs de fonds afin d’accélérer les projets critiques.
En cherchant à transformer sa position stratégique en bénéfices économiques concrets, la révision de la Stratégie nationale d’intégration régionale de la Somalie pourrait devenir un modèle pour les États post‑conflit qui misent sur la coopération régionale pour stimuler le développement et la stabilité.



