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L’alliance Turquie‑Somalie célèbre 15 ans de coopération élargie

Dans un discours qui a mis en lumière la profondeur d’un partenariat né dans la crise, le Premier ministre somalien Hamza Abdi Barre a salué les 15 ans d’alliance stratégique avec la Turquie comme une pierre angulaire du programme de développement de la Corne de l’Afrique. Intervenant à Mogadiscio ce mercredi, Barre a souligné que la relation, initiée pendant l’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire somalienne, s’est transformée en une coopération multiforme touchant l’éducation, la santé, les infrastructures, la sécurité et le commerce.
La Turquie est intervenue pour la première fois sur le territoire somalien après l’incursion éthiopienne de 2009 qui avait renversé le gouvernement de transition. Alors que de nombreuses nations hésitaient, Ankara a envoyé des convois humanitaires, des équipes médicales et des experts en reconstruction, se positionnant comme un allié fiable à un moment où l’attention internationale se faisait rare. Au fil de la décennie suivante, cette bonne volonté initiale s’est traduite par des projets concrets : création d’écoles gérées par des Turcs, construction d’hôpitaux modernes et lancement d’initiatives routières reliant les régions isolées à la capitale.
Barre a mis en avant plusieurs projets phares illustrant l’étendue du partenariat. Dans le domaine de l’éducation, l’Agence turque de coopération et de développement international (TIKA) a financé plus de 30 écoles primaires et secondaires, introduisant des programmes mêlant études culturelles somaliennes et enseignement du turc. « Nos enfants bénéficient d’une éducation de classe mondiale qui les prépare aux défis de demain », a souligné le Premier ministre.
Le secteur de la santé a connu une hausse comparable. Le ministère turc de la Santé, en collaboration avec les autorités somaliennes, a inauguré l’hôpital général de Hargeisa de 200 lits en 2018 et a déployé des équipes de spécialistes itinérants pour lutter contre des maladies endémiques telles que le paludisme et le choléra. « Chaque patient qui franchit ces portes ressent l’impact tangible de notre partenariat », a ajouté Barre.
Les projets d’infrastructure, souvent présentés comme l’épine dorsale de la relance économique, comprennent la rénovation de 200 millions de dollars du port de Mogadiscio et la construction de la route Garowe‑Bosaso, qui réduit de plusieurs heures le temps de trajet entre le nord‑est et la capitale. Des entreprises turques, fortes de leur expérience en reconstruction post‑conflit, ont également joué un rôle clé dans la remise en état des réseaux électriques et des stations d’épuration, répondant ainsi aux pénuries chroniques qui freinent la croissance.
La coopération en matière de sécurité, sensible mais indispensable, s’est renforcée grâce à des programmes de formation conjoints et à la fourniture d’équipements aux forces somaliennes. L’établissement d’une base militaire turque dans la ville côtière de Bender Qasim en 2017 a marqué une première historique pour une puissance non occidentale sur le sol somalien, signalant un rééquilibrage géopolitique dans la région. Bien que la base suscite des critiques dans certains milieux, Barre l’a défendue comme une force stabilisatrice contribuant à contrer la menace persistante du groupe Al‑Shabaab.
Les échanges commerciaux se sont également intensifiés. Le commerce bilatéral est passé de moins de 30 millions de dollars en 2009 à plus de 150 millions de dollars en 2023, la Turquie important du bétail, du café et du sésame, tandis que le Somalie exporte des matériaux de construction, des textiles et des biens de consommation. Les deux gouvernements ont signé plusieurs protocoles d’accord visant à réduire les droits de douane, à simplifier les procédures douanières et à encourager l’investissement du secteur privé.
Les propos de Barre interviennent alors que le Somalie traverse une transition politique complexe, fait face à des sécheresses liées au changement climatique et cherche à attirer des investissements directs étrangers au‑delà de ses partenaires traditionnels. En mettant en avant le rôle de la Turquie, le Premier ministre a exprimé la volonté de diversifier les alliances et d’exploiter le modèle turc de diplomatie « soft power », qui mêle aide, échanges culturels et intérêts stratégiques.
Les analystes soulignent que la longévité du partenariat Turquie‑Somalie reflète une tendance plus large des puissances émergentes qui comblent les lacunes laissées par les bailleurs de fonds occidentaux. Alors que la Turquie continue d’étendre son empreinte à travers l’Afrique—via des initiatives comme le Forum économique Turquie‑Union africaine et un réseau croissant de consulats—l’expérience somalienne pourrait servir de modèle pour de futures collaborations sur le continent.
Pour conclure, Barre a loué le respect mutuel qui sous-tend l’alliance, déclarant : « Notre partenariat avec la Turquie n’est pas seulement un contrat ; c’est une vision partagée d’une Somalie prospère, stable et autonome. » L’approbation du Premier ministre laisse entendre que, quinze ans plus tard, la relation bilatérale demeure un moteur essentiel de la reconstruction somalienne et un phare pour la coopération régionale.



